Les sports et la violence…
La justice se rend à la patinoire
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AVIS AUX LECTEURS
Le
présent texte constitue un ouvrage de référence faisant
partie intégrante de la "Banque de textes juridiques
historiques" du Réseau juridique du Québec.
L'information
disponible est à jour à la date de sa rédaction seulement
et ne représente pas les changements législatifs et
jurisprudentiels en vigueur depuis sa rédaction.
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Steven
G. Slimovitch, avocat, Montréal
"Il semblerait qu’il y ait un certain
niveau de force qui soit acceptable dans les sports, et on
sentait que c’était un niveau qui allait au-delà
de ce qui était acceptable par les observateurs et
les autres joueurs."
Agent Anne Drennan porte-parole de la police
de Vancouver.
Dans une salle d’audience de Vancouver, le
4 avril dernier, le défenseur des Bruins de Boston,
Marty McSorley fut formellement accusé d’un chef d’agression
armée. Son arme, un bâton de hockey.
Les faits
Le 21 février 2000, dans les dernières
minutes de la partie entre les Bruins et les Canucks de Vancouver,
McSorley, avec son bâton, frappa brutalement Donald
Brashear des Canucks à la tête, causant une commotion
cérébrale de grade trois (la plus sévère).
Michael Farber de Sports Illustrated décrit
l’attaque comme étant "une agression si préméditée
qu’elle ressemblait davantage à un lion attaquant une
antilope sur le Discovery Channel qu’un événement
sportif."
Les deux positions
Il y a ceux qui croient que le Code criminel
devrait s’appliquer à tous et, le fait d’être
sur la patinoire de hockey, ne devrait pas accorder une licence
pour commettre des crimes. De plus, permettre de commettre
de tels actes sans sanctions pénales serait de passer
un message inquiétant, surtout aux jeunes.
Benoit Barbeau, l’un des experts québécois
les plus reconnus en matière d’entraînement dans
les ligues mineures de hockey explique : "Je
crois que ceci fera réfléchir les joueurs avant
de faire quelque chose comme ceci. Depuis plusieurs années
les joueurs ont pu faire des choses sur la glace - se battre,
frapper dans la figure, cingler brutalement - sans se soucier
des conséquences légales. C’est bien qu’une
procédure comme celle-ci soit entreprise maintenant,
avant que quelqu’un se fasse tuer."
L’autre école, quant à elle,
dit que le hockey (et peut-être les sports en général)
devrait s’autocontrôler. Un avocat de la Ligue nationale
de hockey (LNH), Bill Daly, expliquait : "Comme
nous l’avons dit lorsque la suspension fut imposée,
nous croyons que la Ligue s’est chargée de l’affaire
rapidement, catégoriquement et correctement, et nous
ne croyons pas que de plus amples mesures étaient requises
ou nécessaires."
Le droit
La loi, du moins au niveau du Code criminel,
est claire. Une agression consiste dans l’emploi de la force
contre une autre personne sans son consentement. Si une arme
est utilisée, alors le chef d’accusation sera celui
d’agression à main armée et si un dommage corporel
en résulte, alors il s’agira alors d’une agression
causant des lésions corporelles. Le tout devient plus
compliqué lorsqu’est introduite la notion jurisprudentielle
du "consentement implicite ou tacite". Plusieurs
décisions ont conclu que lorsque l’on entre sur la
patinoire pour jouer au hockey, sur le champ de base-ball
ou dans l’arène de boxe, l’on consent à participer
à une activité qui, implicitement, inclut un
certain niveau de violence. Par exemple, quand vous jouez
au hockey, vous savez, ou même "consentez",
au fait que vous serez poussés et qu’il y aura de la
bousculade pour gagner la contrôle de la rondelle. Un
joueur de base-ball comprend que, s’il y devait y avoir un
jeu serré près du marbre, le coureur pourrait
tenter de faire tomber la balle du gant du receveur, et que
ce dernier ne pourrait se plaindre du fait qu'il a été
poussé; donc agressé d’un point de vu criminel.
La question est de savoir à quel moment les actes vont-ils
au-delà de ce qui est acceptable dans le sport et au-delà
de ce que les autres participants acceptent. C'est à
ce moment que le Code criminel trouverait son application
et que l'agresseur devrait répondre pour ses gestes,
au niveau pénal.
Analyse
Bien que Marty McSorley puisse penser qu'il
ne sert que d’exemple, les tribunaux criminels sont déjà
intervenus dans des conflits de patinoire dans la LNH. En
1970, Wayne Maki, de St-Louis, et Ted Green, de Boston, sont
devenus les premiers joueurs de LNH à être accusés
au criminel suite à un duel de bâtons. Green,
qui s’est fracturé le crâne, et Maki qui, miraculeusement
n'a pas été blessé, ont tous deux été
acquittés. En 1975, Dave Forbes, de Boston, a été
accusé d'avoir utilisé une force excessive contre
Henry Boucha, de Minnesota. Le procès s’est terminé
par un jury sans majorité et la poursuite n’a pas continué
ses procédures. En 1988, Dino Ciccarelli, de Minnesota,
a été condamné à un jour de prison
et a reçu une amende pour avoir frappé à
la tête, et à plusieurs reprises, le joueur Luke
Richardson avec son bâton.
Ce qui est clair, c’est que Marty McSorley
a reçu la punition la plus sévère jamais
donnée par la LNH pour un incident sur patinoire -
soit une suspension de 23 parties. Dans l’affaire maintenant
fameuse, Maki – Green, les deux joueurs n’ont reçu
qu’une suspension de 13 parties chacun.
Conclusion
La question, que bien des gens se posent,
est de connaître le rôle de la LNH dans cette
affaire. Plusieurs affirment que la LNH aime ces incidents
violents puisque la violence, c’est vendeur. Malheureusement,
alors que ceci peut être vrai, il n'y a aucune justification
légale pour une telle défense. En d'autres termes,
bien qu'un joueur puisse consentir "à être frappé",
le consentement s’arrête au moment où l'acte
dépasse ce qui est "acceptable" dans ce sport. En outre,
la Cour suprême du Canada a soutenu que, tandis que
deux individus peuvent consentir à vouloir se battre
et ainsi ne plus pouvoir argumenter, plus tard, du fait qu'un
ou l’autre a été agressé, il n’est pas
possible de consentir à l'agression causant une lésion
corporelle ni à l'agression armée. Indépendamment
du consentement, un tel acte constituerait une agression criminelle.
Comment résoudre ce débat?
Le tout dépend de la perspective de la société
nord-américaine à l'endroit du sport professionnel.
Si nous voyons le sport professionnel comme une forme de divertissement
pure où les joueurs suivent tout simplement un "scénario",
tout comme à la lutte professionnelle, alors on ne
peut pas prétendre que la violence mérite des
sanctions criminelles. D'autre part, si le sport professionnel
doit être perçu comme une vitrine, source d’aspiration
pour les jeunes et ayant des buts et des caractéristiques
que nous recherchons à imiter, alors sûrement
que nous ne pouvons permettre au hockey d'être à
l’abri de l'application du droit pénal. Quelque chose
à considérer la prochaine fois que vous regarderez
un match de hockey professionnel….
Dernière mise à jour : mars
2000
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générale et est mise à votre disposition sans garantie aucune
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information ne doit pas être interprétée comme constituant
un ou des conseils ou avis juridiques. Si vous avez besoin
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