Votre politique de sécurité informationnelle:
Un complément essentiel à votre sécurité juridique !
|
AVIS AUX LECTEURS
Le
présent texte constitue un ouvrage de référence faisant
partie intégrante de la "Banque de textes juridiques
historiques" du Réseau juridique du Québec.
L'information
disponible est à jour à la date de sa rédaction seulement
et ne représente pas les changements législatifs et
jurisprudentiels en vigueur depuis sa rédaction.
|
Martin
Dubois, avocat, Bernier
Beaudry, avocats, Québec.
Contenu
Introduction
La
sécurité passe d'abord par l'utilisateur...
Tout est question
de risque...
Une approche systémique...
Sensibilisation et formation sont les clés...
Des exemples concrets...
Et vos assurances ?
Considérer la sécurité à titre d'investissement...
Certaines obligations légales...
Conclusion
L'année dernière, environ trois
cents millions d'internautes ont utilisé vingt millions de services
disponibles par l'intermédiaire de près de quatre mille fournisseurs
d'accès dans le monde. Chaque mois plus d'un milliard de messages
sont échangés sur le réseau. Or Internet n'est pratiquement
pas réglementé…
La sécurité de vos communications et actifs informationnels
est donc reportée au niveau des utilisateurs du réseau, y
compris vos employés et agents.
Comprendre cela, c'est déjà avoir franchi une première étape
importante; mais il faut aller plus loin : que doit-on protéger
et contre quoi ?
Doit-on protéger tout de la même manière et avec la même
énergie ?
Peut-on se contenter d'être à la remorque des problèmes
que l'on détecte et en subir les conséquences juridiques ou
doit-on essayer de les anticiper ?
On ne "fait pas de la sécurité" pour se conformer à une
mode mais parce que l'on cherche à atteindre des objectifs
de sécurité économique et juridique. Ce sont ces objectifs
qu'il vous faut définir, en apportant une réponse aux questions
simples posées ci-avant. C'est cette étape que nous vous invitons
à franchir.
La
sécurité passe d'abord par l'utilisateur…
L'aspect sur lequel nous désirons insister en premier lieu
est la dimension fondamentalement humaine de la sécurité informationnelle,
les moyens techniques ne venant qu'après. De ce point de vue,
la "démarche sécurité" est comparable à la "démarche qualité"
: elle s'appuie sur une responsabilisation de l'ensemble des
utilisateurs.
Ainsi, le premier niveau de responsabilité concerné est
le niveau de la Direction.
C'est à ce niveau que doivent être définis les objectifs
de sécurité et les budgets selon les priorités stratégiques.
C'est également à ce niveau de responsabilité que les acteurs
de la sécurité au quotidien doivent obtenir la reconnaissance
de leur travail et l'appui indispensables pour asseoir leur
crédibilité vis-à-vis des utilisateurs des systèmes d'information.
Le deuxième niveau est celui des administrateurs de réseaux
et des techniciens.
C'est à eux qu'incombe la mise en oeuvre des orientations
retenues, en proposant l'architecture, les équipements et
les normes d'exploitation les mieux adaptés. C'est à eux,
aussi, qu'il appartient de mener une action de sensibilisation
permanente, tant vers l'échelon de décision que vers les utilisateurs.
Enfin, derniers sans être les moindres: les utilisateurs.
Leur contribution peut être déterminante par la rigueur
dont ils font preuve dans le respect des consignes et par
l'empressement qu'ils manifestent à rendre compte des failles
de sécurité.
Tout est question
de risque...
La sécurité informationnelle n'est jamais absolue et un
niveau de sécurité jugé satisfaisant peut cesser de l'être
rapidement. N'hésitez donc pas à remettre l'ouvrage sur le
métier pour vous assurer de la bonne adéquation de vos objectifs
et des ressources mises en oeuvre pour les atteindre.
Face à la complexité de sa gestion, la sécurité informationnelle
cause parfois des variations importantes dans la réaction
de ses artisans. L'attitude de certains varie du découragement
(de toute façon ça ne sert à rien ) à la paranoïa (blocage
du système tout en laissant des brèches béantes). Certains
sont tentés de chercher des solutions purement techniques
(le fameux " firewall " qui résout tout !) à des problèmes
qui sont hors de leur portée, comme les problèmes de personnel
ou d'organisation.
En fait, la sécurité informationnelle est l'art de gérer
les risques économiques et juridiques.
La sécurité informationnelle est l'état dans lequel "l'information
est valide, les infrastructures garantissent l'intégrité des
données et il est possible de détecter les actions malveillantes".
Toutes les barrières étant faites pour être franchies - ou
contournées - et tous les blindages étant faits pour être
percés un jour ou l'autre, il importe de comprendre que, malgré
la qualité et la vigueur des défenses technologiques, le "risque
zéro" n'existe pas.
Vous ne pouvez agir que sur le niveau résiduel du risque
: plus vous voulez le diminuer, plus il faut faire d'efforts
(et y investir). Gérer la sécurité, c'est donc gérer le risque.
C'est savoir où mettre le seuil au-delà duquel celui-ci est
inacceptable et en dessous duquel, compte tenu de vos moyens,
il faudra l'accepter.
Le risque est le résultat de la rencontre de deux facteurs
:
o la menace : elle existe indépendamment de votre système
d'information;
o la vulnérabilité (c'est-à-dire ce qui rend le système
sensible à la menace), constituée des données du système :
c'est sur celle-ci seulement que vous pouvez intervenir.
Votre sécurité juridique sur le plan informationnel consiste
donc à identifier les vulnérabilités de vos actifs informationnels,
à évaluer les menaces et à déterminer le risque qu'une vulnérabilité
permette à une menace donnée de se réaliser.
Mais ce risque n'est pas statique, c'est un des aspects
majeurs de la sécurité. La logique du défenseur n'est pas
celle de l'attaquant : tandis que les premiers s'organisent
pour contrer les attaques et ne peuvent que combler les failles
connues, les attaquants, eux, en cherchent de nouvelles.
Une approche systémique...
Pour être efficiente, la sécurité doit être homogène sur
l'ensemble de vos systèmes d'information: il serait absurde
de mettre en oeuvre des solutions coûteuses si la sécurité
peut être contournée par des attaques rudimentaires. Aussi
faut-il savoir où agir en priorité.
La sécurité informationnelle est un domaine émergeant et
complexe qui ne peut être envisagé sans une approche systémique.
Celle-ci commence par l'élaboration d'un "modèle " qui est
la représentation qu'on se fait de la sécurité économique
et juridique pour votre entreprise:
- quelles sont les menaces ?
- que doit-on protéger ?
- pourquoi ?
- comment ?
C'est donc le modèle - c'est-à-dire la réponse à ces quatre
questions - qui donne un sens aux mots sécurité informationnelle.
On énonce ensuite le cadre juridique d'application du modèle:
la politique de sécurité informationnelle.
Il s'agit de déterminer le bon seuil juridique en fonction
des risques et des ressources disponibles, et les voies pour
l'atteindre.
Enfin, on spécifie les outils technologiques qui permettront
de vérifier la pertinence de la politique.
Quand les contraintes de sécurité le permettent - comme
c'est souvent le cas-, la politique de sécurité informationnelle
peut être construite par approches successives.
On la définit d'abord à grands traits de façon à obtenir
rapidement des résultats opérationnels. On l'ajuste ensuite
en affinant contrôles, filtrages et mesures.
Enfin, on la met à niveau en fonction des modifications
ponctuels à votre environnement.
Cette démarche permet d'approcher la sécurité informationnelle
comme un processus continu, évolutif, qui tient compte de
la réaction du milieu et non comme un "projet" qui établit
une politique de sécurité une fois pour toutes.
Sensibilisation
et formation sont les clés...
L'adhésion des principaux intéressés, les utilisateurs de
vos actifs informationnels et les décideurs, est un leitmotiv
maintes fois répété, mais elle n'est rarement obtenue autrement
que d'une manière formelle et normative. Les enjeux de sécurité
leur paraissent le plus souvent comme étant très éloignés
de leurs préoccupations quotidiennes.
Tel que déjà souligné, les premiers de ces acteurs à convaincre
sont les décideurs. Grâce à une politique de sécurité informationnelle,
ils peuvent lier un niveau de sécurité à un niveau de risque
économique et juridique, définir des objectifs et contrôler
l'investissement. La sécurité n'est alors plus ressentie comme
un puit sans fond; ce ne sont plus des dépenses stériles.
Les décideurs peuvent maintenant contrôler l'efficacité de
la politique et percevoir concrètement les enjeux de la sécurité.
Ainsi, ils peuvent traiter la sécurité comme n'importe quel
autre investissement.
L'adhésion des autres acteurs est un objectif réaliste,
même vis-à-vis de ceux qui n'ont pas un niveau d'expertise
élevé. Avec un peu de pédagogie, on peut donner réellement
à chacun les moyens de participer pleinement aux processus
de sécurité informationnelle tout en acceptant leurs responsabilités
et leur imputabilité individuelles.
Courir inlassablement boucher les "trous" de sécurité de
son système les uns après les autres, appliquer des recettes
toutes faites sans comprendre les menaces, sans connaître
la sensibilité de ses informations et encore moins ses vulnérabilités,
sans avoir déterminé le mouvement de vos informations et penser
que la technique s'occupera de tout est une approche de la
sécurité qui date… du siècle dernier.
La sécurité exige une approche systémique découlant directement
d'une politique de sécurité informationnelle adaptée à votre
réalité économique, juridique et organisationnelle !
Des exemples concrets...
Tout incident de sécurité dégrade vos outils de travail
en immobilisant des moyens et des ressources. En cas d'intrusion,
il faut parfois déconnecter du réseau le poste concerné ou
au moins installer des filtres pour bloquer les accès.
Parfois, il faut même isoler complètement le réseau de l'extérieur,
le temps de sauvegarder l'image des systèmes (pour garder
des traces de l'intrusion) et de faire une évaluation des
dégâts et certaines vérifications. Il y a aussi la défaillance
de l'organisation et la diminution globale de l'efficacité
dues à l'utilisation "pirate" des ressources.
Un administrateur système raconte son expérience de restauration
des systèmes après une intrusion :
" Il a fallu réinstaller complètement les serveurs et changer
tous les mots de passe. Bilan : ça nous a coûté environ 1
000 heures, on doit en être facilement à l'équivalent de la
moitié d'un poste permanent sur la question." Et il conclut
: " Est-ce trop cher payé ou pas assez ? "
Par ailleurs, une entreprise désireuse de faire des affaires
électroniques peut rencontrer des embûches juridiques surprenantes.
Parlez-en aux responsables du site Internet Nike.com !
Ce géant manufacturier fait actuellement l'objet de la première
réclamation connue du genre ayant comme fondement juridique
l'absence de mesures de sécurité adéquates.
Essentiellement, on reproche à Nike.com d'avoir omis de
mettre en place une infrastructure de sécurité qui aurait
pu éviter des dommages causés à un fournisseur de services
Internet. Cette réclamation a l'effet d'une bombe dans le
monde juridique car elle signifie le début d'une nouvelle
ère en matière de recours en responsabilité extra-contractuelle.
Et vos assurances ?
C'est aussi sans compter le "nouveau" risque commercial
que représente une lacune en matière de sécurité informationnelle.
Votre assureur aura très bientôt des questions à vous poser
concernant la couverture que vous détenez actuellement, si
ce n'est déjà fait. Pour l'instant, les assureurs sont peu
nombreux à s'aventurer dans ce secteur qui ne justifie que
de très peu d'expérience actuarielle. Toutefois, il y a fort
à parier que l'entreprise qui aura omis d'agir avec prudence
et diligence en matière de sécurité informationnelle pourrait
essuyer un refus de couverture par son assureur en cas de
réclamation découlant d'un incident de sécurité.
Il est aussi permis de croire que votre assureur verra d'un
bon oeil l'implantation d'une politique de sécurité informationnelle
dans votre entreprise comme moyen de mieux circonscrire vos
risques juridiques.
Considérer
la sécurité à titre d'investissement...
On parle souvent des coûts importants liés à la sécurité,
mais on oublie de parler de ceux de l'insécurité. Il faut
se rappeler que certaines économies peuvent coûter très cher.
L'ennui vient de ce que ces coûts ne sont pas toujours comparables.
Les coûts de la sécurité sont les plus faciles à appréhender,
ce sont des coûts directs, c'est-à-dire budgétisés. Mais les
coûts de l'insécurité sont plus pernicieux : ils ne se présentent
pas toujours comme un déboursé immédiat. Mais il reste que
la conséquence de l'insécurité est un appauvrissement économique
certain.
Certaines
obligations légales...
Sans faire une revue du cadre législatif lié à la sécurité
informationnelle au Québec, nous désirons toutefois vous souligner
comment le Législateur traite le renseignement personnel que
votre entreprise détient eu égard à la protection de celui-ci.
La protection des renseignements personnels (PRP) constitue
un des éléments primordial d'une politique de sécurité informationnelle.
Au Québec, l'article 10 de la Loi sur la protection des
renseignements personnels dans le secteur privé créer une
importante obligation juridique quant à la protection des
renseignements personnels. Il impose à votre entreprise l'obligation
de "prendre et appliquer" des mesures de sécurité "propres
à assurer le caractère confidentiel des renseignements." Des
sanctions pénales contre votre entreprise peuvent directement
découler de l'omission à se conformer à l'article 10 (article
91 de la loi) mais de pareilles sanctions peuvent aussi vous
être imposées personnellement à titre d'administrateur, de
dirigeant ou de représentant de votre entreprise (article
94 de la loi).
Au Canada, la nouvelle loi fédérale sur la protection des
renseignements personnels et les documents électroniques (mieux
connue comme le Bill C-6) est en vigueur depuis le 1er janvier
2001. Elle a comme objectif commun, avec la loi provinciale,
la protection des renseignements personnels. Elle impose par
ailleurs la même obligation de mise en place de mesures de
sécurité mais indique que ces mesures sont tributaires du
degré de "sensibilité" du renseignement (article 5 et Annexe
1 de la loi).
Cette loi se démarque toutefois de la loi provinciale en
créant l'obligation pour les entreprises de "sensibiliser
leur personnel à l'importance de protéger le caractère confidentiel
des renseignements personnels". L'entreprise qui n'aura pas
pris le virage de la sécurité informationnelle aura du mal
à faire la démonstration qu'elle rencontre cette obligation.
Les sanctions possibles en cas de contravention de la loi
fédérale s'échelonne de la production d'un rapport du Commissaire
fédéral à la vie privée à une ordonnance de la Cour fédérale
accordant au plaignant des dommages-intérêts.
Conclusion
Selon les plus récentes données statistiques, recueillies
en octobre 1999 , seulement le 1/3 des 500 plus importantes
entreprises du Québec posait un geste de sensibilisation auprès
des utilisateurs de leurs actifs informationnels. Plus inquiétant
encore, plus de 30% de ce même échantillon n'exerçait pas
de contrôle actif de leurs réseaux. Ces résultats sont sans
doute encore plus pessimistes pour les plus modestes des autres
entreprises du Québec.
Pourtant, aucune de ces entreprises, peu importe leur taille,
n'oserait exercer leur commerce sans installer serrures et
verrous sur les portes et fenêtres, en distribuant les clés
à certaines personnes choisies mais surtout sans s'assurer
que celles-ci se servent de ces clés pour assurer une sécurité
minimum.
L'actif informationnel de votre entreprise a subi une mutation
et est devenue très volatile. Pour certaines entreprises l'information
avec un grand "I" est leur unique actif. Cet actif n'acquiert
une valeur ajoutée que dans la mesure de son utilisation,
sa transformation ou sa communication par le biais de réseaux
qui sont gérés par des humains et qui sont donc faillibles
ou mal intentionnés.
Votre obligation légale en tant qu'administrateur et dirigeant
de votre entreprise est d'agir avec prudence et diligence
en mettant en place des mesures adéquates de protection contre
l'appauvrissement de ses actifs informationnels. La politique
de sécurité informationnelle deviendra le canevas de votre
infrastructure de sécurité et un allié inestimable contre
les risques juridiques.
Dernière mise à jour au 15 février 2001.
|
AVIS AUX LECTEURS
Le
présent texte constitue un ouvrage de référence faisant
partie intégrante de la "Banque de textes juridiques
historiques" du Réseau juridique du Québec.
L'information
disponible est à jour à la date de sa rédaction seulement
et ne représente pas les changements législatifs et
jurisprudentiels en vigueur depuis sa rédaction.
|
Avis : L'information
présentée ci-dessus est de nature générale et est mise à votre
disposition sans garantie aucune notamment au niveau de son
exactitude ou de sa caducité. Cette information ne doit pas
être interprétée comme constituant un ou des conseils ou avis
juridiques. Si vous avez besoin de conseils juridiques particuliers,
veuillez consulter un avocat ou un notaire.
© Copyright 2000-
, Tous droits réservés
|