Conclusion
Introduction
Les gens d'affaires consacrent généralement des milliers
d'heures au développement de leur entreprise mais trouvent
difficilement le temps pour planifier et structurer sa transmission.
Cela est d'autant plus préoccupant lorsqu'il s'agit d'une
entreprise familiale. Les journaux regorgent de situations
où les frères et soeurs, et parfois les cousins et les cousines,
s'affrontent devant les tribunaux sur le partage de ce patrimoine
familial.
Pourquoi planifier ?
Comme dans tout autre aspect de l'entreprise, l'absence
de planification produit rarement de bons résultats. Dans
la mesure où le propriétaire n'a pas rédigé de testament,
son décès peut entraîner la dispersion des actions de la
compagnie entre un grand nombre de personnes, bien que celles-ci
ne soient pas impliquées dans les affaires de l'entreprise
et qu'elles ne soient pas en mesure de la gérer.
Si on ajoute à cet élément les impôts souvent importants
qui deviennent payables au décès et les différends qui ne
manqueront pas de survenir entre les héritiers quant à la
propriété et la gestion de l'entreprise, tous les éléments
sont alors réunis pour une diminution substantielle de la
valeur de l'entreprise ou sa vente à rabais à un tiers.
Par ailleurs, même si le décès du propriétaire semble une
éventualité très lointaine, les banquiers et autres fournisseurs
de capitaux de l'entreprise apprécient qu'un plan structuré
de transmission de l'entreprise soit élaboré et mis en place.
Cela prend d'autant plus d'importance quand le propriétaire
est dans la cinquantaine et que l'entreprise a accumulé
suffisamment de valeur pour lui permettre de bien vivre
jusqu'à la fin de ses jours.
Outils disponibles
Le père ou la mère, chef d'entreprise, dispose de plusieurs
instruments juridiques pour concrétiser le plan de transmission
de l'entreprise familiale. Au préalable, il importe de faire
effectuer une évaluation de la juste valeur marchande de
l'entreprise, afin d'être en mesure d'analyser les impacts
fiscaux du décès du propriétaire. Parallèlement, cette évaluation
sera également utile pour déterminer qui devrait dorénavant
être le détenteur des actions ordinaires, pour ainsi profiter
de l'accroissement futur de l'entreprise.
Bien entendu, chaque situation familiale est unique et
les possibilités de planification sont multiples et variées.
Toutefois, dans l'élaboration de la planification, on aura
fréquemment recours aux quatre composantes suivantes :
a) Le gel successoral
L'évaluation de la juste valeur marchande de la compagnie
peut démontrer une valeur suffisamment importante pour avoir
intérêt à cesser l'accroissement de cette valeur entre les
mains du propriétaire actuel. Par ailleurs, étant donné
le lien de dépendance qui existe entre le propriétaire et
ses enfants, il n'est pas possible, pour des raisons fiscales,
de céder ces actions aux enfants ou de leur faire souscrire
de nouvelles actions ordinaires pour un prix inférieur à
leur juste valeur marchande.
Par la constitution d'une société de portefeuille ou par
une modification à la capitalisation de l'entreprise, il
est alors possible de transférer la valeur accumulée dans
de nouvelles actions que l'on appelle des actions de gel.
Lors de cette étape, il est également avantageux d'effectuer
une cristallisation de l'exonération du gain en capital
de 750 000 $, dans la mesure où cet avantage fiscal n'a
pas été pleinement réalisé par la personne qui effectue
le gel et que les actions sont admissibles à cette déduction.
En augmentant ainsi le coût fiscal des actions privilégiées,
la personne profite immédiatement de cet avantage fiscal
et se protège également à l'égard de modifications que nos
gouvernements pourraient apporter pour restreindre les avantages
conférés lors de la vente d'actions.
La résultante de ce gel est que la valeur marchande actuelle
de la compagnie sera dorénavant reflétée dans les actions
de gel. Il faudra donc émettre de nouvelles actions ordinaires
qui profiteront dorénavant de l'accroissement de la valeur
de la compagnie.
b) La fiducie discrétionnaire
Il n'est pas toujours aisé de déterminer qui devrait détenir
les nouvelles actions ordinaires. Les enfants sont souvent
mineurs et leur intérêt ainsi que leur habileté respective
à diriger l'entreprise peuvent ne pas être clairement établis
aux yeux des parents. La fiducie discrétionnaire représente
alors l'outil tout indiqué pour ce type de situation.
On procède à la création de la fiducie par la signature
d'une convention qui définit le patrimoine de la fiducie,
son constituant ainsi que les bénéficiaires de celle-ci.
On indiquera comme bénéficiaires tous les membres de la
famille immédiate du propriétaire, de façon à laisser aux
fiduciaires (les personnes chargées de l'administration
de la fiducie) l'entière discrétion quant au choix ultime
des personnes qui recevront les biens de la fiducie lors
de sa liquidation.
La fiducie permet alors aux parents de voir évoluer leurs
enfants et de remettre à plus tard la décision quant à l'allocation
finale des actions. Cette détention par la fiducie peut
même se poursuivre jusqu'au 21e anniversaire de la création
de la fiducie, soit jusqu'à la date de disposition réputée
des biens de la fiducie à la juste valeur marchande prévue
aux fins fiscales.
c) Le testament
Dans le cadre d'une planification de transmission d'entreprise,
le testament est une pièce maîtresse puisqu'il permettra
de pourvoir aux besoins des membres de la famille tout en
établissant l'équité entre les divers enfants. Étant donné
que les enfants qui sont impliqués au sein de l'entreprise
seront normalement pressentis pour être les détenteurs ultimes
des nouvelles actions ordinaires qui ont été émises à la
suite du gel, le testament permettra de répartir les actions
de gel ainsi que les autres biens de la succession de manière
à établir un équilibre entre tous ces héritiers.
Dans le cadre du testament, on pourra également procéder
à la création d'une ou de plusieurs fiducies testamentaires
qui permettront de gérer de façon séparée les biens de chaque
bénéficiaire désigné. Cette fiducie testamentaire bénéficie
également d'un traitement fiscal avantageux si on la compare
à la détention en propre de ces mêmes biens par les héritiers.
d) La convention unanime des actionnaires
La planification ne saurait être complète sans la rédaction
d'une convention unanime des actionnaires. À cette étape,
une fiducie discrétionnaire a été mise en place pour détenir
les nouvelles actions ordinaires émises par la compagnie.
Le parent détient toujours, pour sa part, les actions de
gel. Éventuellement, on transférera la totalité des actions
aux enfants, que ce soit par la liquidation de la fiducie
ou le règlement de la succession du parent décédé. Toutefois,
des difficultés peuvent survenir entre les détenteurs de
diverses catégories d'actions de la compagnie. On songe
ici aux détenteurs d'actions de gel, qui auraient intérêt
à demander le rachat de leurs actions le plus rapidement
possible, et aux détenteurs d'actions ordinaires qui, pour
leur part, seraient tentés de reporter le plus longtemps
possible ce rachat. De plus, étant détenteurs des actions
ordinaires, donc des actions votantes, certains enfants
pourraient en tirer avantage et s'approprier tous les bénéfices
de la compagnie, que ce soit en salaire, boni, dividende
ou autrement.
Il est donc approprié pour le parent qui effectue la planification
de rédiger une convention unanime des actionnaires qui liera
tant les détenteurs des actions actuels que tous les détenteurs
futurs. Cette convention traitera des décisions importantes
qui devront être prises à l'unanimité des actionnaires,
prévoira les modalités de rachat des actions de gel et contiendra
les dispositions usuelles traitant notamment du droit de
premier refus, de non-concurrence et du règlement des différends.
Conclusion
La transmission de toute entreprise, qu'elle soit familiale
ou autre, est un processus complexe qui fait appel à plusieurs
expertises; sa réalisation prend normalement plusieurs mois.
Après avoir consacré tant d'énergie au développement de
leur entreprise et d'y avoir impliqué leurs enfants et d'autres
personnes essentielles à son développement, les gens d'affaires
ont tout intérêt à consacrer le temps et les ressources
nécessaires à sa transmission ordonnée.
Dernière mise à jour
au 4 novembre 2011
Avis : L'information présentée
ci-dessus est de nature générale et est mise à votre disposition
sans garantie aucune notamment au niveau de son exactitude
ou de sa caducité. Cette information ne doit pas être interprétée
comme constituant un ou des conseils ou avis juridiques.
Si vous avez besoin de conseils juridiques particuliers,
veuillez consulter un avocat ou un notaire.
© Copyright 2000 -2008
, Alain Bergeron, Tous droits réservés